Une adaptation du roman éponyme d’Hervé Bazin à la coloration volontairement enfantine, où Folcoche devient une marâtre de conte de fée… Difficile de faire plus grand contresens d’une œuvre forte, âpre et dure.

Réalisation : Philippe de Broca
Adaptation et dialogues : Olga Vincent et Philippe de Broca
Avec : Catherine Frot, Jacques Villeret, Jules Sitruk, William Touil, Pierre Stevenin, Macha Béranger, Dominique Paturel et la voix de Denis Podalydès.
Durée : 1h40

L’histoire :

Une famille de la bourgeoisie des années vingt. Jean et Maurice Rézeau vivent avec leur grand-mère depuis sept ans, dans la demeure familiale de ‘‘la Belle Angerie’’. La mort de cette dernière entraîne le retour d’Indochine de leur parent. Ils feront alors connaissance de leur mère, que les liens filiaux devraient leur faire spontanément appeler maman, alors que leur cœur leur intime de la rebaptiser Folcoche, surnom né de la contraction de folle et de cochonne. S’ensuit alors le long apprentissage de la haine d’une femme qui n’a de mère que le nom. Brimades, coups de fourchette dans la main, coups tout court, humiliations et privations feront le quotidien de Jean, dit Brasse Bouillon, qui se rebelle et se met à rêver le meurtre de sa génitrice, voleuse d’âme, meurtrière de l’insouciance de son enfance.

L’adaptation :

Toute adaptation est forcément la relecture d’une œuvre et son interprétation fonction de la sensibilité du scénariste et du réalisateur. Cependant Olga Vincent et Philippe de Broca s’attaquent ici à l’un des romans les plus célèbres de l’après-guerre et leur parti pris dramatique ne peut que décevoir en regard de la force du livre de Bazin. Que reste-il de toute la haine dévastatrice du roman, justement rappelée dans le dossier de presse par la citation des phrases suivantes : ‘‘Aimer, c’est abdiquer. Haïr, c’est s’affirmer. Je suis, je vis, j’attaque, je détruis. Je pense donc je contredis. Donner la vie n’a aucun sens si l’on ne donne pas aussi la mort. L’honorabilité n’est que la réussite sociale de l’hypocrisie.’’ ? Peu, très peu, car Philippe de Broca n’apprécie pas toute cette haine et a préféré l’édulcorer pour tirer son travail du côté du conte de fée. Alors pourquoi avoir accepté cette adaptation, car faire fi de cette détestation, c’est retirer sa raison d’être à ce roman, ce qui fait que Vipère au poing existe.
En tournant dans un manoir anglais, de Broca a cherché à capter une atmosphère un peu fantastique, afin d’apporter une connotation à la Dickens. Dickens, Bazin, un bien curieux rapprochement… subitement, un affreux doute s’insinue dans mon esprit, parlons-nous bien des mêmes auteurs, aurai-je lu Bazin à l’envers et Dickens dans une exécrable traduction ? Sans doute pas, mais de Broca aime jouer les magiciens de pacotille et nous voilà donc au rayon bibliothèque rose, où Folcoche vient côtoyer la mère Mac-Miche de la Comtesse de Ségur. Ainsi muée en une vilaine fée Carabosse, elle orchestre une sortie ‘‘pédagogique’’ dans un pénitencier pour enfants, où l’on voit l’un de ses petits malheureux enchaîné à un mur. Sans doute cette scène signe-t-elle la dimension ridicule et infantilisante du film, là où initialement dans le livre, Folcoche se ‘‘contente’’, selon sa prévenance habituelle, de sustenter ses enfants d’une raie avariée. Je vous épargnerai l’énumération d’autres rajouts tout aussi grotesques et bêtifiants.
Cependant Olga Vincent voulait tenter d’apporter un éclairage sur Folcoche, de suggérer des pistes explicatives sans pour autant l’excuser. Cela nous manquait : au pays de contes de fée, il y a de la psychologie… Alors que Bazin ne cherche pas à expliquer l’inexplicable, nous voici confrontés à une femme dont l’enfance n’aurait peut-être pas été très heureuse… Bon sentiment, quand tu nous tiens… De même, la figure paternelle, silencieuse et quasi absente dans le roman, prend ici les traits d’un Jacques Villeret, personnage éternellement lunaire, brave type, aimant ses enfants, attaché à sa femme envers et contre tout, mais trop lâche pour s’y opposer (ne détient-elle pas la fortune familiale ?). Pour Olga Vincent, il s’agissait de faire un film familial, car elle y décèle l’histoire universelle de toute famille, parlant de l’importance de l’amour, de l’éducation, de l’apprentissage de l’âge d’homme. « Une histoire d’amour à l’envers » dira-t-elle. Chacun est libre de ses choix et de son regard sur le monde, toutefois, il me semble que pour aborder de tels thèmes, il aurait mieux valu écrire un scénario original, plutôt que de transposer si hasardeusement Vipère au poing.

Le film :

Pour ceux qui n’auraient pas lu le livre, le film sera un divertissement à l’esthétique soignée, qui séduira sans doute les plus jeunes. Pour les autres, il vous faudra faire abstraction du roman. Cependant, au pays des méchantes sorcières, Catherine Frot s’épanouie pleinement, jouant à merveille des œillades en coin et des regards noirs. Pour nourrir son jeu, elle s’est inspirée des films muets et de visages de femmes comme Sarah Bernhardt. A noter également la performance du jeune Jules Sitruk, déjà remarqué dans ‘‘Monsieur Batignole’’ de Gérard Jugnot.

Réalisations passées
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Cinéma : "Vipère au poing", sorti en salle le 6 octobre 2004
 
         
       
 
   
       
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