Images d'archives :
Série de six photos d’Elisabeth d’Autriche à différents moments de sa vie.
Son : Sonata in A, KV 331 Alla Turca, I Tema, Mozart.
Voix off :

«Historiens, écrivains, philosophes, psychanalystes se sont intéressés à elle, et ont écrit à son sujet. Chacun en fonction de sa sensibilité développe son portrait de l’Impératrice.
Mélancolique, obsédée par la folie, solitaire, belle, très belle, mais aussi terriblement narcissique.
Folle ou simplement en décalage avec son temps et ses aspirations... ?
Elisabeth interroge et ne cesse d’interroger.
Au-delà du personnage historique, il demeure surtout une femme avec ses contradictions et ses bleus à l’âme, qui s’incarna dans la mouvance d’une fin de XIXème siècle instable et changeante qui vit naître la psychanalyse. »

Images :
Extérieur jour.
Les abords de l’hôpital psychiatrique de Vienne, sur les collines de la ville, promenade dans le parc.
Inscription à l'écran sur les premières images : Hôpital psychiatrique de Vienne.
Son : Sonata in A, KV 331 Alla Turca, I Tema, Mozart, fin.
Voix off :

«Visitant les hôpitaux psychiatriques de chacune des villes où elle se rendait, elle demanda à l’Empereur de doter Vienne d’un établissement psychiatrique des plus modernes qui soit.
Elisabeth, née Wittelsbach, redoutait de sombrer dans la folie, comme la plupart des membres de sa famille : la crainte du poids de l’hérédité...
Naît-on fou ? Comment le devient-on, pourquoi ?
Cela se soigne t-il et surtout qu’est-ce qu’être fou ?
Qui mieux qu’Elisabeth pourrait soulever la question de la folie, du désespoir, de la souffrance, de la condition humaine ? Parce qu’elle représente les aspirations féminines de notre temps, indépendance et liberté, le choix de mener sa vie à sa guise, et parce que nombre de jeunes femmes la considère comme un idéal, elle est plus que nulle autre à même de nous introduire dans le débat chaotique des rapports entre le corps et l’esprit. »

Image :
Texte filmé, caractères blancs sur fond noir : "ACTE I : L’HYSTERIE OU LA NAISSANCE DE LA PSYCHANALYSE"
Son : Le Beau Danube Bleu de Johann Strauss.

Images d'archives :
Série de photos de Freud : deux portraits de Freud (vers 1910), Freud assit à côté de son divan (1932), et une photo de la porte d’entrée de son cabinet viennois où figure son nom (1938, par Edmund Engelman).
Voix off :

«Le psychiatre Bruno Bettelheim considérait Elisabeth d’Autriche comme une hystérique. Or c’est en rencontrant l’hystérie que Freud élaborera peu à peu la cure analytique. La psychanalyse, sans doute plus que nulle autre découverte, dérangea et dérange encore tant ce qu’elle soulève de l’âme humaine renvoie à nos désirs et nos fantasmes les plus secrets. Il eut été bien intéressant de voir ce qu’il serait advenu d’Elisabeth si elle avait rencontré Freud, qui vivait également à Vienne à la même époque. »

[…]

Images :
Le palais de la Hofburg : vues extérieures, visite des appartements impériaux.
Inscription à l'écran sur les premières images : la Hofburg, palais impérial, Vienne.
Voix off :

«Dans une période où le conservatisme et le conventionisme social est de mise, des romans comme "Mademoiselle Else" de Schnitzler, racontant l'histoire d'une jeune femme hystérique, ou "Lettre d'une inconnue" de Zweig, décrivant un amour obsessionnel, mettent à jour les passions du cœur et de l'esprit dans toute leur âpre vérité. Elisabeth appartient à son temps et anticipe ce mouvement libertaire de la Vienne moderne. Anarchiste et républicaine avant l'heure, elle ne cessera de revendiquer pour elle le droit fondamental d'exister et de vivre sans la contrainte de l'étiquette et du carcan des faux-semblants. Elisabeth tient du tempérament des Wittelsbach, une vive intelligence, jointe à une excessive sensibilité et un extrême besoin de liberté. La rigidité du cérémonial ne pouvait tolérer la fantaisie et un quelconque écart au protocole : toutes aspirations personnelles étaient lettres mortes. Adieu rêves sentimentaux et romantisme. »

Images :
Peinture anonyme du couple impérial en voiture lors de leurs fiançailles, portrait de François-Joseph par F.Knepp, portrait de la fiancée impériale de 16 ans et photographie d'Elisabeth en 1865 avec le chien Shadow par Emil Rabending.
Voix off :

«Elisabeth en devenant la femme de François-Joseph, épousa avant tout l'Empire autrichien, plus qu'un homme. Femme sacrifiée à la raison d'Etat, son rôle devait se limiter à la représentation publique et à donner des héritiers au trône. Jeune fille de quinze ans quand l'Empereur demande sa main, ses attentes sont avant tout sentimentales ; les titres, les honneurs, la fortune, n’ont aucune résonance sur elle. De l'Empereur, elle dit : "Je l'aime vraiment beaucoup ; mais s'il ne pouvait être qu'un simple tailleur !". Espionnée, évaluée, jugée, Elisabeth devait oublier sa spontanéité et devenir dépressive. De l'être, il n'était question, il s'agissait de paraître. Très vite seule parmi une cour d'étrangers hostiles, Sissi devait mourir pour qu'advienne Elisabeth, femme mélancolique, souffrant à jamais de solitude. »

Images :
Extérieur et intérieur jour.
Le château de Laxenburg, non loin de Vienne, où Elisabeth alla passer sa lune de miel : vues des jardins et des appartements impériaux.
Inscription à l'écran sur les premières images : Château de Laxenburg où le jeune couple séjourna durant sa lune de miel.
Son : Sarabande de la suite n°11 en ré mineur, Haendel.
Voix off :

«De sa lune de miel datent les premiers poèmes tristes, écrits inauguraux d'une longue suite sur le thème récurrent de la solitude. Isolée toute la journée, pendant que son mari travaille dans son bureau de la Hofburg, elle regrette sa Bavière natale. […]

Images d’archives :
Série de photographies d’Edmund Engelman en 1938 : Le cabinet de Freud et sa collection d’objets anciens, le cabinet vu de l’entrée donnant sur le divan, le divan, la partie gauche du bureau faisant face à la fenêtre. Freud dans son bureau de la Bergasse 19 avec le chow-chow Yofi vers 1936, Freud à son bureau vers 1938.
Voix off :

«Freud écoute ses patientes dans une liberté complète. Il cherche à comprendre les méandres de ces vies qui se déroulent au gré d’un discours traduisant des émotions parfois contradictoires, mais révélant une souffrance certaine. Cette technique d’écoute libre est la méthode des associations libres. C’est ainsi que bribes de discours par bribes de discours, que de mots s’éclairant les uns les autres, une vérité concernant l’être émerge du plus profond de lui-même. Freud comparait souvent le travail analytique à l’archéologie, mettre à jour ce qui avait été exhumé. Rita Ransohoff parlant du cabinet de Freud dans Légendes des photographies, disait que : "Aucun [des patients] n’était préparé à la découverte visuelle du cabinet analytique. [...]cette pièce était un véritable musée d’antiques provenant d’Egypte, de Grèce, de Rome et d’Orient. Le nom évoquait immédiatement la conscience des siècles. Ces figures du passé, [...], faisaient face au patient qui venait ici redécouvrir ses origines et son histoire enfouie." Freud, dans le secret de son cabinet viennois, fait émerger un cri de vérité dans une société où l’ordre social et l’hypocrisie étaient de mise. »

[…]

Images :
Extérieur jour.
Promenade sur le Lac Léman à bord d'un bateau.
Extrait d’un documentaire montrant Freud dans son jardin à Londres.
Voix off :

«Quarante millions de boîtes d'antidépresseurs sont chaque année consommées en France et traduisent bien une profonde difficulté de vivre. Ce mal-être ne peut qu'être anesthésié par les médicaments de l'esprit, qui ne disent rien des états d'âme et de la dramaturgie du théâtre de la vie. Ces médicaments soignent ce qui était jusqu'alors une intolérable souffrance, mais ils ne peuvent en aucun cas nous dispenser de vivre et d'affronter les moments de ruptures ; des échecs proviennent également la certitude de soi. Freud a permis qu'une vie psychique personnelle existe et ne soit plus seulement l'œuvre des écrivains et des poètes. Zweig parle de l'apport de l'œuvre freudienne en ces termes : "[Il] a donné à l'humanité une notion plus claire d'elle-même […], non pas plus heureuse. […] [Il] n'a [pas] montré à l'homme une issue commode, un refuge dans un paradis terrestre ou céleste mais toujours et uniquement le chemin qui conduit à la connaissance de soi-même, la voie dangereuse aboutissant au plus profond de son Moi. […]Sa façon de penser n'a allégé en rien la vie humaine. […]Maints détails de l'œuvre de Freud peuvent être discutables, mais qu'importe les détails ! […] il suffit toujours qu'un seul homme ait le courage de la vérité pour augmenter le vrai dans tout l'univers." »

Image :
Balayage lent d'une photographie d’Elisabeth à bord d’un bateau en Grèce.
Son : Requiem Mass, K626, III Sequenz vi Lacrimosa, Mozart.
Voix off :

«Les événements dramatiques de l'existence d'Elisabeth n'auraient pu en rien être évités par la consommation d'antidépresseurs, tout au moins ses souffrances auraient pu être allégées, lui permettant alors d'envisager plus sereinement le cours irrémédiable d'une vie marquée par les heurts douloureux des deuils. Quand le vol de la mouette sera brutalement arrêté, c'est une femme déjà morte au monde des vivants qui sera assassinée. »

Image :
Balayage lent d'une photographie d'Elisabeth sur son lit de mort à l'hôtel Beau Rivage (1898).
Voix off :

«Elle mourra seule, incognito, comme elle avait vécu. »

Son : Requiem Mass, K626, III Sequenz iii Rex tremendae, Mozart.

Réalisations passées
 
             

Scénario documentaire:
" Sissi ou l'alchimie de l'âme"(52'), extraits.

La science aujourd’hui tente d’expliquer rationnellement l’origine de nos affects, les sources de la maladie mentale. La génétique et les dernières techniques d’imagerie médicale apportent des preuves irréfutables d’un certain déterminisme biologique de nombre de sombres pathologies qui s’emparent de nos psychismes. Les progrès en neurosciences ravivent ainsi le débat des rapports entre la psyché et le substrat biologique, qui s’ils sont interdépendants, n’en sont pas moins réductibles l’un à l’autre. Aussi les adeptes de la psychanalyse et de son fondateur Sigmund Freud continuent à défendre l’aspect prépondérant de la vie affective et du vécu d’un individu dans l’apparition de symptômes psychiques.
Ce documentaire, au travers de la vie d’Elisabeth d’Autriche, permettra de comprendre la naissance de la cure analytique et ses fondements, ainsi que l’émergence d’une pharmacologie des comportements à partir des découvertes anatomocliniques fin du XIXème siècle. Il essaie de faire l’état des lieux de ces deux disciplines charnières, psychanalyse et neuropsychiatrie, à la frontière entre subjectivité et réalité biologique. C’est aussi l’occasion de redécouvrir une des femmes les plus belles de son époque et parmi les plus décriées, sous l’angle de sa singularité psychique. Ce personnage d’exception sera une invitation à voyager au cœur des errances de l’âme et à tenter d’en comprendre l’essence.

Extraits du scénario

     
       
 
 
 
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